Le dispositif de lutte contre les VSS à Hadra Trance Festival

Une réflexion a été entamée à l’association Hadra dès 2017, mais en 2019 suite à des faits de violences sexuelles sur le festival, les organisateur·ices ont fait le constat du manque de procédures formalisées, et du fait qu’iels n’étaient pas assez entouré·es sur ces sujets. 

L’association Hadra a pu être accompagné·e par deux associations, Serein·e·s, spécialisée sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles en milieu festif, et Keep Smiling association de réduction des risques (liés à la consommation de substances psycho-actives, risques auditifs, santé sexuelle).

Les équipes permanentes ont été formées sur les violences sexistes et sexuelles : conseil d’administration, salarié.es, et quelques personnes qui occupent des postes clés, soit une dizaine de de personnes. La formation s’est déroulée pendant presque 2 ans, sur 5 sessions. Elle a permis de poser des bases autour des enjeux de violences sexistes et sexuelles, parler des faits et construire un protocole pour le festival.

La société de sécurité a été également impliquée sur le dispositif : des agent·es ont pu bénéficier d’une formation animée par Serein·e·s et Keep Smiling. Les responsables de la société de sécurité ont été associés afin de concevoir une formation adaptée aux besoins de leurs agent·es. Certains agent·es ont néanmoins exprimé le besoin d’une meilleure prise en compte de leurs pratiques, notamment car les formations donnent la priorité à l’accueil et l’orientation des victimes, alors que les agent·es vont principalement intervenir pour prendre en charge des agresseurs. Il est prévu de retravailler ce contenu de formation pour les éditions à venir.

En partenariat avec Serein·e·s, le Refuge Inaya a été mis en place. Il comprenait un espace ressource (pour se reposer, échanger) en mixité choisie pour les femmes et personnes minorisées de genre, et un espace fermé dédié au recueil de parole de victimes, à l’écart. Il y avait un autre espace collé mais qui ne communiquait pas : le QG Inaya, pour les équipes de bénévoles en maraude dans le festival.

Le dispositif reposait ensuite sur l’implication de 60 bénévoles de la « team Inaya », qui se sont relayé·es pendant le festival pour faire des maraudes. Tous·tes ont bénéficié d’une formation de 2 heures en visio, d’une session de théâtre forum avec la compagnie La Pagaille et de 3 heures de formation en présentiel avec Serein·e·s. Les bénévoles ont notamment été formé·es à la méthode des 5D[1], avec comme consigne de prioriser les victimes et de les accompagner au refuge, sans se mettre en difficulté (en référer aux agent·es de sécurité ou aux responsables en cas de besoin).

L’objectif des bénévoles en maraudes était d’identifier des situations à risque et aider les victimes, mais aussi de visibiliser leur présence, d’informer sur l’existence du dispositif et du Refuge. Un parcours avait été identifié pour les bénévoles en maraude, qui se relayaient entre midi et 6h du matin. Avec la nuit, le repérage de situations étant plus compliqué, les bénévoles faisaient plutôt de la réassurance. Au sein de l’organisation, 6 salarié·es, formé·es sur les VSS, étaient co-responsables du dispositif et encadraient chaque équipe de bénévoles.

En cas de besoin de prise en charge, les personnes étaient systématiquement redirigées vers le Refuge.

En cas d’agression, la direction était prévenue et pouvait faire le lien, si besoin, avec la gendarmerie. Toutes les 12 heures la directrice faisait également un point avec la team Inaya et les responsables.

La transmission en interne du protocole s’est fait lors des temps de préparation du festival. Les responsables de pôles ont été informé·es de l’existence de l’équipe de bénévoles Inaya, de qui contacter et sur quel canal à la direction. Des rappels réguliers ont été faits par mails à tous·tes les responsables de pôles, en rappelant que chacun·e a un rôle à jouer avec la consigne de ne pas chercher à prendre en charge les victimes soi-même mais toujours les accompagner vers le Refuge.

Sur l’édition 2022, un espace camping en mixité choisie (réservé aux femmes et minorités de genre) était également organisé. Une partie du camping a été isolée avec des barrières, avec un·e agent·e de sécurité à l’entrée. Les personnes qui souhaitaient y aller en faisaient la demande en amont (des explications étaient données afin que les personnes comprennent bien de quoi il s’agissait). Il fallait ensuite récupérer un bracelet spécifique à la billetterie, où la consigne était donnée de ne pas questionner le genre de la personne. Une vingtaine de demandes ont été faites à l’avance, et il était également possible d’accéder à cet espace une fois sur place en faisant une demande au Refuge.

Un pédibus a également été mis en place afin de revenir vers l’espace camping en étant accompagné par des bénévoles.

1 – Méthode développée par le collectif Hollaback! pour réagir lorsqu’on est témoin de harcèlement dans l’espace public.

Points de vigilance et d’amélioration

  • Le festival se situe dans un espace rural, qui rend l’exclusion des agresseurs difficile. De plus, le parking est un espace de fête à part entière, avec toujours de l’animation, il y a donc un risque la personne exclue répète des agressions à cet endroit. Le lien avec la gendarmerie a permis aux organisateur·ices d’assurer une prise en charge de la personne mise en cause y compris en dehors de l’enceinte du festival.
  • Les organisateur·ices ont reconnu qu’il était difficile de mettre en œuvre le protocole et de prendre du recul dans des situations où les personnes mises en cause sont connues des équipes, ou en font partie (prestataires, artistes, intermittents…). Connaître la personne provoque des biais et une difficulté à garantir une égalité traitement. Un partenariat a donc été créé avec une structure extérieure (ici Egae) qui pouvait prendre le relais dans ces situations, par le biais d’une adresse mail de signalement et la conduite d’enquête le cas échéant.
  • Emilie Angénieux, directrice, souligne la nécessité d’une approche globale : il est important de réfléchir à un protocole, mais aussi à pourquoi on le fait, et être capable d’identifier ce qu’il se passe dans sa structure et à son évènement, ce qui implique de déterrer des choses et de les prendre en charge. Et c’est essentiel d’être accompagné·es pour cela, il y a besoin des compétences d’associations spécialisées.

Informations recueillies lors d’un échange avec Emilie Angénieux, directrice du Hadra Trance festival.

Contact : emilie@hadra.net