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L’utilisation de vélis aux Trans Musicales

Retour sur l’expérimentation menée par le Collectif des festivals sur les Trans Musicales 2025

Le Collectif des festivals et les Trans ont mené une expérimentation autour des vélis pendant le festival 2025. Les vélis sont des véhicules intermédiaires entre le vélo et la voiture. L’objectif était de tester et mettre en avant ces véhicules pour différents usages : transport des artistes, logistique inter et intra sites et démonstration auprès des publics.
Cette expérimentation, soutenue par l’ADEME et menée en partenariat avec plusieurs constructeurs, a permis de tester 18 de ces véhicules dans des conditions réelles de festival. Elle a mobilisé les équipes des Trans Musicales, plusieurs entreprises de vélis et différents publics du festival.
Cet article propose une retour sur les expérimentations menées, des résultats observés et des principaux enseignements pour les organisateurices de festivals.

Les déplacements et le transport de matériel représentent une part importante de l’empreinte environnementale des festivals. Les équipes techniques, la logistique interne, le transport des artistes ou encore les déplacements des publics génèrent de nombreux trajets, souvent réalisés en véhicules thermiques.

Face à ce constat, sur les festivals, les vélis représentent ainsi une alternative crédible pour certains déplacements aujourd’hui réalisés en voiture, minibus ou fourgon.

Le projet mené aux Trans Musicales reposait sur plusieurs objectifs :
tester différents modèles de vélis en conditions réelles,
identifier les usages pertinents dans un festival,
faire découvrir ces véhicules à différents publics (équipes, artistes, publics),
documenter les freins et les leviers à leur adoption.

L’expérimentation a mobilisé 7 constructeurs et 2 autres structures, qui ont mis à disposition du festival un total de 18 véhicules et remorques.

Le projet s’est organisé autour de trois grandes cibles :
les équipes du festival,
les artistes,
les publics et professionnel·les présent·es sur le festival.

Et autour de plusieurs formats d’expérimentation : transport d’artistes, publics cibles et média, logistique inter et intra site en véli par les équipes, organisation de deux circuits de test et démonstration ouverts au public, conférence à la destination des professionnel·les de la culture.

À la suite des expérimentations, le Collectif des festivals, avec le soutien de l’ADEME, a pu acquérir un véli, désormais mis en mutualisation avec les festivals du territoire. 

Sept véhicules et remorques ont été mis à disposition des équipes des Trans Musicales pour leurs déplacements et certaines missions logistiques.

Ces tests ont permis de vérifier que les vélis peuvent être adaptés à certains besoins opérationnels, notamment :
installer de la signalétique sur le site,
réapprovisionner les régies (fruits, café, biscuits…),
transporter du petit matériel,
effectuer des courses de dernière minute à proximité,
se déplacer sur le site ou entre les sites.

Les retours des équipes ont globalement été positifs : plus d’autonomie et de liberté grâce à ces véhicules facilement accessibles. 
L’expérimentation a montré que les vélis peuvent constituer un outil pertinent pour la logistique interne, à condition d’être intégrés dans l’organisation du festival.

Le projet visait également à tester l’utilisation de vélis pour le transport d’artistes entre différents lieux du festival.

Si l’idée a suscité de l’intérêt, les résultats sont un plus mitigés. Le recours à un véli implique en effet un changement de pratique important, notamment pour les artistes et leurs équipes, habitués à des modes de transport plus conventionnels.

Plusieurs facteurs ont freiné l’usage :
le caractère inhabituel du véhicule,
la crainte d’un manque de confort ou de fiabilité,
le stress lié aux déplacements avant ou après un concert.

En effet, la proposition de trajet en véli a été vue comme un déclassement ou une source de stress supplémentaire, par certains artistes. 

Cette expérimentation met en évidence un point clé : l’adoption de nouveaux modes de transport nécessite un travail d’accompagnement et de mise en confiance.

Aussi, les équipes en lien avec les artistes (programmation, production) doivent être sensibilisées aux vélis et le véli doit devenir un véhicule à part entière intégré dans les plannings de runs artistiques.  

Les vélis ont également été présentés au public à travers des circuits de test mais aussi des trajets à véli pour certains publics ciblés.

Les circuits de test ont été organisés pour permettre aux festivalier·es de prendre en main les véhicules : celà permet de sensibiliser par l’action. L’un des circuits, installé dans le Hall 5, a rencontré un succès particulier grâce à son parcours immersif et ludique, souvent comparé à une ambiance « Mario Kart ».

Ces circuits ont permis de :
rendre les vélis concrets et accessibles,
susciter la curiosité et l’enthousiasme,
ouvrir la discussion sur les mobilités alternatives.

Les retours des participant·es ont été très positifs et ont montré l’intérêt de ces formats de sensibilisation

En complément, des trajets en véli ont été proposés à certains publics. Un jeu concours a permis à des festivalier·es de gagner un déplacement à véli vers le festival, offrant une expérience originale et privilégiée. Des trajets ont également été proposés à des médias et à des professionnel·les se déplaçant entre différents sites du festival, leur permettant de découvrir concrètement ces véhicules dans un usage réel. Enfin, certaines invitations ont ciblé des publics dits « éloignés de la culture », pour qui ce trajet représente à la fois une solution de mobilité et une expérience particulière d’accès au festival.

Ces trajets ont contribué à valoriser le véli comme une expérience positive et innovante, tout en permettant à différents publics de tester ces véhicules dans un contexte concret.

Une conférence a également été organisée à destination des professionnel·les de la culture afin de partager les premiers enseignements du projet et d’ouvrir la discussion sur les mobilités dans le secteur événementiel.

Cette conférence a exploré le potentiel des véhicules intermédiaires (vélis) comme levier concret de transformation des mobilités, en particulier dans le contexte des festivals. À la croisée des enjeux écologiques, logistiques, culturels et sociaux, ces véhicules apparaissent comme une alternative crédible à l’automobile pour de nombreux usages.

Lire le compte-rendu de la conférence

L’expérimentation menée aux Trans Musicales met en lumière plusieurs enseignements utiles pour les festivals souhaitant tester les vélis.

1. Adapter les véhicules aux usages

Tous les vélis ne répondent pas aux mêmes besoins. Le choix du véhicule doit tenir compte :
du type de festival (urbain ou rural),
des usages visés (transport de personnes, logistique, médiation),
des contraintes du site.

Un véhicule bien adapté augmente fortement les chances d’adoption par les équipes.

2. Anticiper l’intégration dans l’organisation

Pour être réellement utilisés, les vélis doivent être intégrés dans les dispositifs existants : planning de transport, organisation logistique, missions des équipes.
Sans cette anticipation, ils risquent d’être perçus comme un dispositif expérimental à part de l’organisation.

3. Former et accompagner les équipes

La prise en main des véhicules et la compréhension de leurs usages nécessitent un minimum d’accompagnement : même si tous les véhicules ont une prise en main rapide, l’aspect de certains peut freiner avant le premier usage. 

Des temps de formation, de démonstration et de test facilitent l’appropriation par les équipes, sous la forme d’un slalom ou circuit ludique par exemple.

4. Travailler l’acceptabilité

L’acceptation de nouveaux modes de transport dépend aussi de facteurs culturels et symboliques : confort, facilité, praticité, image, plaisir, sécurité.

Il peut être utile de valoriser l’expérience, par exemple en présentant les vélis comme un mode de transport privilégié ou innovant.

Ce projet illustre aussi le rôle que peuvent jouer les festivals dans les transitions écologiques.

Les festivals disposent en effet de plusieurs atouts :

  • Une capacité d’expérimentation : les festivals mobilisent de nombreux métiers, infrastructures et solutions logistiques, ce qui permet de tester des innovations dans des conditions réelles.
  • Un contexte positif et festif : sortir de son habitude est plus facile dans un contexte festif que dans la routine du quotidien. Les festivals sont des espaces où les publics peuvent plus facilement vouloir expérimenter de nouvelles choses.
  • La mobilisation d’un écosystème : organisateurices, collectivités, constructeurs, publics et professionnel·les peuvent être impliqué·es dans une dynamique collective de transition.
  • Une influence culturelle : les artistes et les événements culturels ont un fort pouvoir d’influence et peuvent contribuer à faire évoluer les pratiques et les imaginaires.
  • Une visibilité médiatique : les festivals bénéficient d’une couverture médiatique importante, qui permet de diffuser et valoriser les innovations testées.

Le projet Vélis aux Trans Musicales constitue une première étape d’expérimentation à grande échelle dans un contexte festivalier.

Les résultats sont encourageants, notamment pour certains usages logistiques et pour les dispositifs de médiation auprès des publics. Ils montrent également que la réussite de ce type d’initiative repose autant sur l’organisation et l’accompagnement que sur les véhicules eux-mêmes.

Ces enseignements pourront nourrir d’autres expérimentations dans le secteur événementiel et contribuer à imaginer des mobilités plus sobres et adaptées aux festivals de demain.