En 2023, l’étude “Festivals en mouvement”, portée par le réseau R2D2, avec plus de 14 000 réponses a étudié la mobilité dans les festivals avec le prisme de la sociologie. Au sujet du covoiturage, plusieurs tendances ont été observées : le covoiturage est une pratique très répandue (84 % des voitures sont occupées par au moins 2 personnes). Cependant, l’usage des plateformes de mise en relation est très faible, puisqu’il concerne moins de 5 % des publics.
Nous pouvons retenir que le taux d’occupation moyen des voitures est de 2,6 personnes par véhicule, soit 18 % de plus que la moyenne nationale sur les déplacements de loisir.
Cependant, la marge de progression reste importante puisque le taux d’occupation pourrait encore augmenter de plus de 50 % sans compromettre le confort de voyage, en gardant un siège libre à l’arrière par exemple. Pour un festival de 5 000 personnes, cela correspond au gain de plus de 400 places voitures, soit plus de 10 000 m² et la réduction de près de 5 T de CO2e émis.
Les points à retenir de l’étude afin de mieux comprendre les déplacements des publics et équipes :
- Les critères écologiques et économiques sont peu pris en compte dans le choix du mode de déplacement pour venir au festival
- Dans la grande majorité, les modes de déplacement des publics et équipes de festival sont les mêmes qu’iels utilisent dans leur vie quotidienne, et cela est valable pour tous les modes de déplacement.
- Le poids de l’habitude joue un rôle essentiel dans le choix du mode de déplacement pour venir au festival
- Se déplacer s’apprend et s’expérimente, autrement dit le capital mobilité est l’apprentissage et l’expérimentation de différents modes de déplacement et leur interopérabilité. En somme, plus on apprend à utiliser différents modes de transports et plus on expérimente des trajets en multimodalité (passage du train à la navette, du vélo au bus, …), plus on augmente son capital mobilité et donc son aptitude à se passer de la voiture. Se déplacer autrement s’apprend.
La place de la voiture dans les festivals
Aussi, la représentation de la voiture doit être déconstruite.
En effet, la voiture est toujours symbole de liberté, un lieu refuge (Dubois & Moch, 2001 ; Rocci, 2007). De plus, les personnes sous-estiment souvent leur coût réel et la durée des trajets à l’inverse du train et des transports communs.
Une opposition entre les modes individuels et collectifs est observée dans les discours. Le sentiment d’insécurité et la représentation négative des transports en commun liés à la coprésence et la promiscuité avec d’autres personnes est accentuée.
La voiture est aussi un lieu de vie, un temps à vivre et à habiter (Pradel, 2022). En mettant des actions en faveur des mobilités durables, il est important d’apporter une solution complémentaire : stockage, portage ou location de matériel de camping.
La voiture a aussi une place ”visuelle et organisationnelle” importante dans le festival. Comme le montre l’enquête du cabinet NF Etude sur le festival Terres du Son 2023 :
- Les parkings sont souvent plus grands que les sites des festivals mêmes.
- Le parcours des piétons et cyclistes est insuffisant ou insécurisant : les piétons et cyclistes mélangés aux voitures.
- L’expérience du trajet fait partie intégrante de l’expérience du festival : la distance, le trajet en voiture et l’arrivée au parking.
- La place symbolique du parking : une arrivée au festival marquée par la présence de la voiture.
Afin de donner une autre place aux mobilités durables, les festivals peuvent aménager des chemins d’accès privilégiés pour les publics venus en mobilité durable, des parkings plus éloignés, des messages de sensibilisation sur le parking, de la décoration sur les arrêts de navettes et parking vélo, … L’objectif est de rendre plus visibles et attrayants les autres modes de transports.
La plateforme de covoiturage : un outil pour faciliter la pratique
Si la pratique du covoiturage tend à se démocratiser sur les trajets longues distances, nous avons vu qu’elle pourrait encore se renforcer sur les trajets vers les festivals, principalement fréquentés par des publics régionaux.
Avec le covoiturage informel, les festivals n’arrivent pas à augmenter la part de personnes par voiture. Le covoiturage doit aussi être une action organisée afin qu’il puisse réduire les écarts. Les plateformes de covoiturage sont une solution partielle pour l’organisation du covoiturage.
Alors qu’une plateforme française se positionne comme leader du marché mondial, on pourrait se demander : quel est l’intérêt de porter une plateforme dédiée à l’évènement ?
- Inciter à la pratique du covoiturage : communiquer sur sa plateforme c’est communiquer sur le covoiturage !
- Formaliser, organiser la pratique du covoiturage afin d’augmenter le taux d’occupation.
- Rassembler les demandes et les propositions de covoiturage à un même endroit et améliorer l’expérience utilisateur.
- Faciliter les mises en relation via un espace virtuel ou matériel dédié
- Répondre aux spécificités des trajets événementiels, en proposant un trajet directement jusqu’au lieu du festival et à des horaires adaptées (d’autant plus utile pour les trajets retours).
- Faire commencer l’expérience festivalière dès le départ en rassemblant les publics pendant le voyage.
Mais alors : quelle plateforme choisir ? Dans le cadre du projet Festivals en mouvement, nous avons pu tester plusieurs plateformes et élaborer les critères d’appréciations suivants :
Simplicité d’utilisation pour les publics
• Site web classique (accessible sans app) et interface responsive (adaptée aux mobiles).
• Accès à l’outil (demande / proposition de trajet) sans création de compte, ou démarche très simplifiée.
• Outil de recherche/filtre par date, ville /département de départ, type de trajet (aller/retour).
Adaptation aux spécificités des festivals
• Gratuité pour les usager·es
• Module d’intégration au site internet de l’organisateur (widget).
• Page d’administration de suivi statistique pour l’organisateur (exemple : nombre de visites de la page, nombre d’annonces et de mises en relation, kilomètres parcourus par les véhicules, équivalent CO2 évité…).
• Possibilité pour l’organisateur d’ajouter des points d’intérêts sur la cartographique (arrivées navettes et horaires, points de regroupement covoiturage, parkings…).
A valoriser
• Option voyage en non-mixité.
• Option capitaine de soirée (conducteur repart uniquement avec ces clés s’il a soufflé dans l’éthylotest).
• Possibilité pour les usagers de proposer des convoyage vélo, co-piétonnage …
• Capacité de la plateforme à générer des mises en relation sur des trajets courts / régionaux.
• Possibilité de rajouter une option “j’ai des besoins spécifiques “ avec une liste déroulante*
*Exemples pour la liste déroulante sur les besoins spécifiques : Je voyage en fauteuil roulant / J’ai besoin d’un siège adapté ou d’une place avec davantage d’espace / Je voyage avec un chien guide ou d’assistance / J’ai besoin d’informations accessibilité / J’ai besoin d’un environnement ou d’un trajet avec certaines caractéristiques / Je voyage avec un accompagnateur / Autre besoin à préciser
Il existe une multitude de plateformes de covoiturage événementiel : il est important de prendre en compte les critères importants pour votre événement. L’objectif est d’en choisir une seule plateforme uniquement et de communiquer dessus. Il faut éviter de mettre en avant plusieurs plateformes ou une plateforme et un groupe Facebook par exemple.
Animer le covoiturage : la clé du succès
Mettre une plateforme de covoiturage à disposition ne suffit pas. Le covoiturage a besoin d’être animé, avant, pendant et même après le festival, pour créer notamment une masse critique d’offres et de demandes qui rend les mises en relation possibles.
L’enjeu est notamment de dépasser le « je ne propose pas de trajet car personne ne cherche » et « je ne cherche pas de trajet car il n’y a aucune offre ».
Cette animation peut s’appuyer sur une combinaison de communication numérique, humaine et physique, à différents moments du projet (voir la fiche pratique sur la communication et la sensibilisation).
En amont du festival, la communication numérique permet de rendre la plateforme visible et de rappeler régulièrement son existence : site internet, billetterie, newsletter, réseaux sociaux, mails de confirmation, informations pratiques… Il est important de ne pas communiquer uniquement au moment de l’ouverture de la billetterie : les besoins de déplacement se prévoient à l’approche du festival. Des relances régulières peuvent permettre de faire émerger de nouvelles offres et demandes. La communication doit mettre l’accent sur : partage des frais, convivialité, facilité et facilitation du stationnement.
La communication humaine est tout aussi importante. Proposer du covoiturage, c’est aussi proposer aux personnes de se projeter dans une autre manière de venir au festival. Les équipes sont les relais de l’information lors des échanges avec les publics, en billetterie, par mail ou lors des actions de sensibilisation. Le sujet peut également être intégré aux outils de préparation du séjour : « Vous avez votre billet ? Pensez maintenant à organiser votre trajet. »
Pendant le festival, l’animation peut prendre une dimension plus physique. Dans le cadre de Festivals en mouvement, plusieurs festivals ont expérimenté un Point Info Mobilité, permettant aux publics de venir chercher des informations et de la sensibilisation au sujet. Ce type de présence permet de rendre la mobilité visible dans l’espace du festival et de toucher des personnes qui n’auraient pas spontanément utilisé une plateforme numérique. Le stand renseigne aussi sur les horaires de navettes, les itinéraires vélo, les transports collectifs ou les solutions de covoiturage.
Les murs d’annonces covoiturage, simples et visibles, peuvent faciliter les rencontres entre personnes. Ils constituent une solution complémentaire à la plateforme numérique et peuvent être particulièrement utiles lorsque les besoins apparaissent au dernier moment (souvent aussi côté bénévole).
Conclusion
Le covoiturage est souvent le levier le plus important pour réduire la place de la voiture dans les festivals et avancer sur la réduction de l’impact environnemental du festival. Son développement ne repose pas seulement sur la mise en place d’une plateforme de covoiturage. En effet, les pratiques sont liées aux habitudes très ancrées chez les festivaliers, aux représentations et à la capacité des publics à se projeter dans une autre manière de se déplacer.
Une stratégie efficace repose donc sur : une plateforme adaptée aux spécificités de l’événement, une communication régulière, une animation humaine et des dispositifs physiques. Le parking, son aménagement et éventuellement sa tarification peuvent également contribuer à rendre le covoiturage plus attractif et à faire évoluer le rapport à la voiture.
Le covoiturage ne se décrète pas : il s’organise, s’anime et s’expérimente. Pour qu’il fonctionne, il faut donc penser le trajet comme une partie intégrante de l’expérience festivalière.
